Le 27 septembre Appoline Traoré a foulé le sol ivoirien pour la projection en avant-première de « Frontières » son film pendant le festival « Cinéma 4 en 1 ».
N’ayant pas vraiment le temps de participer au festival, je savais qu’il me serait difficile de mettre la main sur elle.
J’ai dû passé par un ami qu’on a en commun pour me trouver le bon timing avec elle.
Il lui a parlé, elle était d’accord. Contact obtenu, je lui passe un coup de fil et rendez-vous est pris pour le mardi 3 octobre à ma descente du travail où elle loge.
Le jour du rendez-vous, je vais la retrouver à son appart. Elle y est avec une de ses actrice Sidi Adizetou.
On discute un peu. Puis ..Bon bref je vous épargne toute notre soirée.
Découvrez Apolline Traoré en 16 questions! 🙂 

 

1- Si vous deviez décrire Apolline Traoré en 3 hashtags, vous diriez ?

#Passionnée, #généreuse et #nerveuse

2- Comment êtes-vous arrivée au cinéma ?

Je suis arrivée très jeune au cinéma c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Après mon Bac, je devais continuer mes études aux Etats-Unis.
Je me suis battue pour étudier le cinéma simplement parce que mon père ne le voulait pas. Après une longue bataille, il accepte finalement de payer mes études en cinéma. J’ai eu une maitrise et naturellement j’ai travaillé avec des compagnies à Hollywood après à New York et puis un jour j’ai décidé de rentrer chez moi au Burkina. J’ai toujours voulu faire du cinéma.

Avec les influences que vous avez : influence américaine et influence africaine, comme quel genre de réalisatrice vous décririez-vous ?
C’est quand même difficile je l’avoue. J’ai appris le cinéma américain !
J’ai appris les histoires dites très rapidement avec un speed très très très rapide. Et évidement, quand on arrive en Afrique c’est une autre culture. Les choses sont plus lentes même la façon de parler est plus lente.
Même avec le nombre d’années déjà passé sur le continent, ce n’est pas facile, je balance toujours entre les deux.
Donc quel genre de réalisatrice ? je dirais que je suis la réalisatrice du Peuple. Car nous sommes dans un métier où il y a plusieurs publics. Il y a les critiques, le public, les télévisions et quand on est dans l’art ; on choisit l’art d’une certaine manière et moi j’essaie de combiner ce cinéma artistique et ce cinéma blockbusters car mon public est vraiment important pour moi. Je choisis de faire un cinéma pour attirer le maximum de monde.

3- Comment vous vient le scénario de « Frontières » ?

C’est la question que je déteste le plus. Car je ne sais pas vraiment où m’est venue l’inspiration. Je trouve mon inspiration dans le boucan, le bruit….Vous n’obtiendrez rien de moi si vous m’isolez.
Je trouve mon inspiration par exemple dans une conversation avec n’importe qui, à n’importe quel moment.
Une idée peut me venir comme ça donc vous pouvez imaginer que je ne pourrai jamais exactement vous dire quand cela s’est produit.
C’est vraiment les gens, ce que je vois et ce que j’ai entendu qui m’ont inspiré cette histoire. Et puis l’histoire commence à se développer petit à petit.
Je commence à mieux développer l’histoire après ma rencontre avec Naki Sy Savané dans l’avion. On revenait de Bruxelles, j’allais à Ouaga et elle à Abidjan. Elle m’a raconté l’histoire de sa sœur commerçante sur les routes.
Après je me suis dit « il faut que je fasse la route » pour connaitre la véracité des faits car je n’avais jamais fait cela donc je ne savais pas vraiment ce qui s’y déroule.
Il y a d’énormes problèmes d’immigration autant de l’Afrique vers l’occident qu’entre pays africain. Et c’est comme cela que j’ai commencé le scénario. J’ai fait trois semaines de route Sénégal-Nigéria et c’est ce qui a enrichi mon scénario.

4- Quand on est inspiré par Naki Sy et qu’on termine un scénario auquel on pense depuis on fait encore un casting ou on a déjà ses actrices?

On fait toujours un casting!

 

5- Vous n’aviez aucune actrice en tête au moment de l’écriture du scénario ?

Bien sûr ! J’en avais 2.

6- Lesquelles ?

Naki et M’baye l’actrice principale. Je les avaient toutes les deux en tête tout simplement parce que le rôle qu’elles jouent chacune est leur opposé.
Naki n’est pas très expressive dans le film mais je l’ai faite un peu dur et Amélie est très très expressive et je l’ai faite douce. C’est un challenge qu’il faut pour faire sortir les actrices de leurs zones de confort. Pour les autres j’ai fait un casting et je les ai choisies.

7- C’est une histoire qui se déroule sur la route. Certaines actrices ont l’habitude de se faire traiter sur les plateaux de tournage comme des « divas ». Comment votre équipe et vous aviez vécu cela ?

Ça, ce sont les autres plateaux ! Moi je ne traite personne comme une diva !
Et cela tout simplement parce que je respecte mes techniciens qui se lèvent à 6h du matin et qui finissent quand tout le monde dort. J’ai choisis ces femmes pour les tester, pour voir si elles pouvaient tenir car j’ai pris la route durant 3 semaines et ce n’était pas facile. Je les ai prévenues et préparées à cela car on a fait un mois de répétition. La plupart du temps, c’était plus moi qui m’effondrais et ce sont-elles qui me relevaient à chaque fois. Elles m’ont facilité la tâche et ont bossé dure.

8- On s’amuse sur un plateau de ce genre ou c’est plus difficile ?

Pour ce plateau c’était plus difficile, vraiment difficile ! Au niveau financier, ça ne suivait pas. Au niveau stress, c’était énorme car le tournage était mobile.
Sincèrement, le seul but pour toute l’équipe c’était de finir le film.
On a eu des moments de rires, des moments de joies…. Mais la plupart du temps c’était du stress constant parce qu’on a avait peur. On se demandait « est-ce qu’on terminerait le film ? Que se passerait-il dans le prochain pays ? Que nous arriver a-t-il à la douane ? A l’immigration ? Serions-nous dans les temps ? ».On se posait assez de questions.

9- Là, on est au Fespaco. Comment vous sentez-vous et à quoi pensez-vous chaque fois qu’on appelle votre nom « Apolline Traoré » sur scène afin de recevoir un prix ?

Crédit photo: Burkina 24

Je pense à mon équipe. Vous savez, j’ai de la chance d’avoir eu une équipe soudée solide dès le début.
Cette équipe a été là qu’il y’ait l’argent ou pas. Et je vous l’ai dit au début de cette interview, j’ai un énorme respect pour mes techniciens parce que nous ne sommes pas des stars, nous sommes dans l’ombre. Moi, par mon nom on me connait mais ce sont eux qui rendent les femmes et les hommes que vous voyez à l’écran beaux.
Ce sont eux qui font tout et quand je montais à chaque fois récupérer les prix je pensais à eux.
Je pensais à mon équipe : mes techniciens, mes actrices. Parce que c’est grâce à eux qu’on a dit : « Apolline Traoré ». Sans eux, il n’y a pas d’Apolline.

 

10- C’était quoi l’objectif de « Frontières » ?

L’objectif premier dans Frontières c’était de dire à la population qu’elle a des droits. On me pose souvent cette question : « Croyez-vous pouvoir changer les choses dans les frontières avec ce film-là ? » et je le dis et je le répète : « un film et un seul ne peux pas changer les choses à la frontière. Mais, ce que j’ai réussi à faire c’est de montrer à certaines personnes qui ne sont pas très éduquée ; parce que beaucoup de ces commerçantes sont analphabètes et ne connaissent pas leurs droits, c’est qu’ils ont des droits. J’ai réussi à leur montrer qu’en revendiquant ces droits là tout pouvait changer».

Je pense qu’on a réussi à faire cela avec ce film et je dirais que c’est le but premier. Le deuxième, c’est le combat de la femme. Le combat de ses femmes commerçantes qu’on néglige parce qu’elles sont un peu agitées quand on les rencontre au marché où ailleurs sans connaitre les dangers qu’elles courent sur les routes.

11- Comment s’est fait le choix des pays pour le tournage ?

En fait, j’ai pris la carte et j’ai tracé le corridor. Parce que logiquement on traverse les pays côtiers pour atteindre le Nigéria. Donc j’ai choisi de ne pas faire cela car j’ai vécu ailleurs assez longtemps en pensant que l’Afrique est un seul pays et je voulais montrer que ce n’est pas le cas.
J’ai choisi ces pays pour leur rendre hommage de façon visuelle au niveau de la lange, des vêtements, au niveau de la manière de parler.
C’est pour cela que j’ai décidé de les mettre en « conflit » afin de ressortir les différences. Si, je prenais des pays comme le Bénin et le Togo on ne sentirait pas grand-chose car ils sont très similaires. Je voulais prendre des pays qui sont visuellement différents et montrer que l’Afrique est très diverse.

12- Avec tout ce temps passé aux États-Unis, en tant que réalisatrice, qui sont vos inspirations africaines ou autres ?


(Rires). Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, l’inspiration me vient très bizarrement mais je respecte très grandement certains réalisateurs par rapport à leurs travails comme Idrissa Ouédraogo.
Je respecte sa vision, sa manière de tourner et son intelligence. Il m’est difficile de donner un nom dans le cinéma africain car je ne les pas vraiment connu, je ne l’ai pas étudié.
C’est en 2001 pour la première fois au FESPACO que j’ai connu Idrissa Ouédraogo, Cheick Oumar Sissoko… sinon je ne les connaissais pas mais je respecte leurs travails.
Cela semblera drôle car bien vrai que j’ai été aux Etats-Unis la personne que j’admire, que j’ai suivi, que j’ai étudié c’est un réalisateur polonais et pas américain (Rires) qui s’appelle Krzysztof Kieślowski. Il m’épate avec cette manière qu’il a de prendre les choses faciles pour en faire des films. Il a fait une série trilogie qui s’appelle « Bleu Blanc Rouge » le drapeau de la France et il en a fait un film de chaqu’une des couleurs. Il a fait un film sur chacun des dix commandements. Quand il a fait : « tu ne tueras point », tu ne t’attends absolument pas à ce que tu vois dans le film. Si vous voyez le film, ça n’a rien à avoir et c’est sa manière d’écrire les histoires qui m’épate.
C’est celui-là qui m’inspire : Krzysztof Kieślowski.et il n’est pas américain mais est polonais(Rires).

13- Dans 10 ans, où est Apolline Traoré ? Et où est son cinéma ?

Dans dix ans, j’aimerais que lorsque je me lève en ayant une histoire, je sache où prendre l’argent pour réaliser ce film-là.
Parce que le plus difficile dans le cinéma, ce qui boque notre inspiration, ce qui arrête notre création c’est évidemment ce problème perpétuel de financement. J’aimerais que dans dix ans, j’ai fait assez de films et que je sois reconnue.
Aussi, j’aimerais dans 10 ans avoir prouvé aux autres que je suis capable.

14- Donnez 5 raisons au public ivoirien d’aller voir « Frontière » au cinéma le 20 septembre?!

Les gens devraient voir « Frontières » parce que c’est un film d’intégration de l’Afrique, un film de combat, un film de femmes, un film avec des actrices extraordinaires et très talentueuses. Mais surtout les gens doivent aller voir le film pour supporter le cinéma.

15- C’est quoi les projets ? La suite après « Frontière » ?

La suite après « Frontière » c’est un autre film (Rires) ! C’est galérer pour trouver l’argent, finir le scénario qui est en écriture et le mettre en boite. Je ne sais pas quand mais si Dieu le veut, l’année prochaine.

16- Et ma question fétiche : Quand vous ne serez plus de ce monde que voudrez-vous que l’on retienne de vous en tant que femme et en tant qu’actrice du 7ème Art cinéma africain à part entière ?

J’aimerais qu’on retienne de moi : Mon combat, ma lutte ardente d’être reconnue en tant que femme dans ce métier dominé par les hommes.
J’aimerais qu’on retienne de moi des films et qu’on dise « C’est un bon film » et non « C’est un bon film de femme ».

 

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