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CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT ET SAVENT DU CINEMA AFRICAIN

Hormis une poignée d’étudiants, eux-mêmes Africains, presqu’aucun étudiant du département d’Architecture n’avait entendu parle de cinéma africain. Il faut dire que, du fait leur géolocalisation, leur exposition à notre interprétation du septième art est assez minimale.
Le cinéma africain est méconnu des Américains
Il est vrai que l’industrie du cinéma connait une croissance sans précèdent sur le continent africain depuis une bonne décennie ; une croissance majoritairement due à une amélioration de moyens d’exposition de celui-ci à un public non-africain. Aujourd’hui, le model nigérian est celui qui traduit le mieux cette amélioration par la création de plateformes de diffusion du cinéma afro telles que Nollywood tv ou Nollyland pour n’en citer que celles-là.
Elles ont permis une exposition, certes minime mais importante, auprès d’un nouveau public, ici aux Usa. Autour de moi, les personnes qui connaissent le cinéma africain sont majoritairement venues à sa rencontre par le biais d’autres étudiants africains qui leur auraient transmis cet intérêt pour la chose. Cependant, il faut bien plus qu’un contact aussi faible avec celui-ci pour susciter un certain engouement. En effet, l’on s’aperçoit que les personnes qui ont généré cet intérêt sont-elles mêmes, non seulement en contact avec le milieu, ici, ou simplement assez ouvertes d’esprit pour s’intéresser aux différentes formes de cinéma que le monde à offrir. Très rares sont les Américains, pour ceux qui j’ai pu rencontrer, qui s’intéressent à toute sorte de cinéma de source extérieure à celle de leur « si BEAU, si FORT et si GRAND » pays.
Une exposition encore minime de notre cinéma, de pair avec une ouverture culturelle à l’extérieur relativement faible, résultent au fait que le cinéma africain soit presque méconnu du grand public américain. Cette absence sur la scène américaine s’est, pendant longtemps, traduite par la production de films américains traitant de sujets et faits historiques purement africains. Ces films sont régulièrement générés suite à de profondes investigations des sujets qu’ils traitent mais personne ne raconterait mieux nos histoires que nous-mêmes. N’ayant personne pour retranscrire ceux-ci, ces « magnifiques » films mais sont encore une opportunité de voir notre souveraineté écorchée et notre histoire potentiellement mal racontée.
Il y a de l’espoir
La cause n’est cependant pas totalement perdue. La plateforme d’offre de films africains qu’est Nollyland s’inspire elle-même d’un concept d’origine américaine : Netflix.

Et, en 2015, le cinéma africain a fait son entrée sur la plateforme, par la petite porte, sous la bannière de productions majoritairement nigérianes… sans surprise. L’industrie cinématographique du Nigeria est aujourd’hui plus conséquente en volume que celle d’Hollywood, se plaçant deuxième au classement des industries cinématographiques mondiales juste après celle de l’Inde.
A contrario, le cinéma américain a une place admirative au sein de nos âmes de cinéphiles africains. En effet, sa place est telle qu’on en arrive à le prioriser au détriment du nôtre qui en souffre malheureusement beaucoup.
On ne réalise le vrai bonheur que lorsqu’on l’a perdu
Comme tout le monde, j’apprécie beaucoup le cinéma américain et toutes les émotions qu’il arrive à générer. La qualité de leur production est bonifiée par les années d’expérience que le septième art américain compte à son actif. Avant d’arriver aux Usa, j’avais une idée dépréciative du cinéma de chez moi. Cela a changé avec le temps et la distance. On ne réalise le vrai bonheur que lorsqu’on en est éloigné, je présume. Les films ivoiriens et plus généralement africains sont devenus une occasion pour moi de me reconnecter avec mon Afrique que je chéris tant.
Le cinéma africain, j’y crois
C’est donc aujourd’hui avec un regard objectif mais optimiste que j’appréhende l’industrie cinématographique africaine. Le cinéma africain est capable de produire des réalisations capables de rivaliser avec les géants américains. Il faudrait, tout d’abord, pour cela que l’on le pousse un peu nous-mêmes.
« Tant que c’est produit aux USA c’est forcément meilleur que ce qui peut être fait ici oooh ! ». Je pense sincèrement que cette assertion est due à la propagande culturelle américaine qui est gravée dans notre quotidien. Mais, ceci n’est pas forcément le cas. À l’image de notre industrie cinématographique, bon nombre de secteurs de notre développement identitaire souffrent aujourd’hui d’une sous-estimation de leurs potentialités.

Pour que ce développement soit effectif, il faudrait que le « self-love » des Africains soit revendiqué et embrassé par eux. Mon espoir majeur réside dans la croissance perpétuelle que j’ai pu constater au cours des dernières années.

 

 Jean-Raymond Sorho, San Francisco, CA

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