Très discret et réservé, il n’était presque jamais où tout le monde était pendant le festival (FESPACO). Toujours à l’écart, ayant tout le temps l’air ailleurs. Chaque fois que je le voyais, il était silencieux entrain d’observer, observer tout et tout le monde comme s’il regardait un film.

J’étais au Fespaco pour rencontrer les réalisateurs et acteurs. Donc obligé, j’ai rencontré et discuté avec Daouda Coulibaly, le réalisateur de Wùlù. C’était d’ailleurs l’un des réalisateurs à voir et voir son film faisait partir de ma To do list  puisque Wùlù était l’un des favoris. Il était présenti pour être l’étalon d’or de  Yennenga  au FESPACO 2017.

Passons, alors j’ai discuté avec Daouda Coulibaly. Je trouve que c’est un personnage assez intéressant. Il est certes timide, mais il a beaucoup de conversation et un grand sens de la repartie. Il parle doucement, posément et tu sens que chaque mot qu’il dit est réfléchi.

Après avoir discuté avec lui, j’en étais sûre. Il me fallait une interview de Daouda Coulibaly. Malheureusement pour moi, il est rentré le soir après la récompense sur Paris. Heureusement, découragement n’est pas ivoirien et que quand on veut, on peut. Résultat, j’ai mon interview de Daouda Coulibaly !

Bref, découvrez Daouda Coulibaly en 12 questions !

 

1- Quels sont les 3 hastags qui définissent au mieux Daouda Coulibaly ?

Les hashtags, ce n’est pas pour moi.

2- Pour nous Daouda Coulibaly c’est le réalisateur hyper discret derrière Wùlù. Mais pour vous, qui est Daouda Coulibaly ? 

Pour moi, c’est forcément beaucoup plus : un fils, un frère, un père avant tout. Et surtout quelqu’un qui se définit essentiellement en dehors de la sphère du cinéma.

3- Quel genre de réalisateur vous définissez-vous ?

Je suis le genre qui travaille, qui se pose des questions en permanence et qui fait ce métier pour échanger, pour susciter du débat.

4- Ça été quoi le déclic pour que vous passiez du montage à la réalisation de film ?

Ç’a été l’envie de raconter une histoire et d’échanger.

5- Pour quelqu’un qui vit et a grandi hors du continent, je vous trouve très attaché à la culture africaine. Vos films traitent généralement d’histoire du continent. Ils sont tournés en bambara et en Afrique.
Est-ce pour vous un moyen de passer un message au continent ? Essayez-vous dire que je ne suis peut-être pas avec vous mais je sais ce que vous vivez et je connais votre histoire ?

Non, je ne cherche pas à faire passer des messages. Je suis français et malien. Le Mali, c’est mon pays. Je m’y sens chez moi plus que partout ailleurs. J’aime ce pays, profondément. C’est pour ça que j’en parle dans mes films. Parce que je suis sensible au sort de ce pays, tout simplement.

J’y ai également vécu. Quand le coup d’Etat a eu lieu, j’étais au Mali . Quand le pays a été envahi, j’y étais. L’incertitude de la longue période de transition, je l’ai vécue sur place, de l’intérieur. Je ne voyais pas ça devant ma télé en Europe.

6- Vous écrivez vos scénarii en français ou en bambara ?

J’écris en français.

7- Alors parlons maintenant de Wùlù. Comment on a l’idée d’un pareil scénario ?

J’avais envie de parler de la criminalisation de certaines sociétés africaines.

8- Wùlù veut dire chien et c’est le titre du film. Pourquoi ce titre ?

Ça fait référence à un rite d’initiation, le N’tomo. Et dans le langage courant, c’est un terme qu’on utilise pour désigner un homme sans scrupules, ce que Ladji, le héros du film, va devenir d’une certaine manière.

9- Quand vous écriviez le scénario, aviez-vous déjà vos acteurs en tête ? Ou vous les avez choisis après un casting ?

Ça dépend. Pendant l’écriture, j’avais en tête certains acteurs maliens mais personne pour le rôle de Ladji, par exemple.

10- Qu’est-ce que vous aimerez que le public retienne de Wùlù après l’avoir vu ?

J’aimerais que le public s’approprie le sujet. Il y a beaucoup de pays qui sont concernés par le trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest. J’aimerais qu’on en parle plutôt que de faire comme si ça n’existe pas. C’est de cette manière qu’on fera en sorte que naisse une prise de conscience collective pour que le problème cesse.

11- Quand on sait que Sembène Ousmane est l’une de vos inspirations. Qu’est-ce que ça représente pour vous que votre premier long-métrage ait remporté le prix portant son nom Sembène Ousmane et défendant ses valeurs ?

C’est une grande fierté de voir mon travail associé à un nom tel que Sembène. J’ai beaucoup d’admiration pour la sincérité de son engagement tout au long de son œuvre.

12- Le 31 mai à l’institut Français sera diffusé Wùlù. Pour cette seconde projection  à Abidjan. Donnez des raisons au public ivoirien d’aller le voir !

C’est un film qui parle aussi de vous, de la société ivoirienne. Il y a plein de Ladji dans les rues d’Abidjan. C’est une façon de faire un pas vers eux, de s’identifier à eux, de changer votre regard, de se découvrir, et de prendre conscience d’une réalité. C’est aussi, je crois, l’occasion de passer un bon moment.

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