Du 31 octobre au 5 novembre, j’ai été au Nigéria : Le pays de Nollywood dans le cadre du Africa International Film Festival.
Nollywood, ce cinéma que j’ai toujours connu sans jamais l’avoir côtoyé en vrai. Alors imaginez bien, qu’arrivée là-bas avec mon anglais des plus minables, j’ai quand même profité pour connaitre l’industrie en allant vers ceux qui la font.
Films étudiants, films d’animations, rencontres d’acteurs, réalisateurs et organisateurs de festivals…J’ai essayé de faire le tour de cette industrie aussi bling bling et pailletée qu’Hollywood.
Je peux donc vous raconter Nollywood avec mes mots….

 

Nollywood ça n’a pas toujours été les paillettes …

Alors au début Nollywood est dans l’informel avec les vendeurs de cassettes VHS. Il faut attendre une décennie pour que l’industrie du cinéma au Nigéria prenne de l’importance.

La production de film commence véritablement, lorsque la télévision nationale est victime des tensions politiques dans les années 90. À cette période les salles de cinéma sont fermées, la télévision ne fonctionne que le soir et une grande partie des artistes et techniciens sont au chômage.

Comme le dirait l’autre, « A quelque chose malheur est bon ». Pour s’occuper et gagner de l’argent, certains techniciens se mettent à produire des films. Ces films sont faits avec presque rien et boom ça plait!

Grâce à la commercialisation des caméscopes et la possibilité de dupliquer les films sur VHS, n’importe qui peut tourner un film lui-même et cela en quelques jours. Les réalisateurs naissent de plus en plus, tournent énormément et sortent directement leurs films sur VHS.
Leur première cible étant locale, les films sont tournés majoritairement en Yoruba, Igbo et Haussa. Mais également, dans la langue nationale, l’Anglais.

La thématique préférée à cette époque est la religion car un grand public se trouve dans les églises et les églises elles-mêmes se sont mises à produire des films. Le marché pilule de films chrétiens. Cette inondation pique « l’orgueil » des populations musulmanes qui décident également de se mettre à la production de films.

Ah mais il n’y a pas que des films religieux, les histoires de Nollywood abordent également le quotidien des Nigérians avec des sujets portant sur l’amour, la trahison, les problèmes de couples, l’ingérence des belles mères dans les foyers, les traditions, etc.

Bref Nollywood a un public et est aimé mais son public en veut plus. Le public ne veut plus d’histoires simplistes avec des acteurs unidimensionnels. Heureusement, les réalisateurs ont le même sentiment. Nollywood commence donc à se bouger jusqu’à devenir la deuxième puissance mondiale en termes de production de film devant Hollywood.

 

Nollywood c’est beaucoup, beaucoup de chiffres…

En 1992, le premier film-vidéo nigérian est mis sur le marché. En 1995, 177 films sont tournés en une seule année. C’est donc sans surprise qu’en 2004, Nollywood passe la barre des 1000 productions de films.

Nollywood est une machine à films et produit en moyenne près de 33 films toutes les semaines et plus de 2000 films/an. C’est énorme !

1 967 875 795 Fcfa, c’est le chiffre d’affaire qu’a réalisé Nollywood en 2009. À Nollywood, le budget pour faire un film dépasse rarement 14 122 422 Fcfa pour moins d’un mois entre le tournage et la mise en vente du film.

Avec une population estimée à 187 millions d’habitants et plus d’une soixantaine de salles de cinéma, Nollywood pèse désormais plus de 853,9 milliards de nairas (3 163 422 602 511 Fcfa) soit 1,2% du produit intérieur brut (PIB) nigérian et emploie environ 1 million de personnes.

 

Nollywood et la piraterie une grande histoire d’amour…

 

Quand je suis sortie, le 1er novembre de la salle de cinéma, il y’avait des vendeurs ambulants qui essayaient de nous refourguer des CDs piratés de certains films nouvellement sortis.
J’ai trouvé ça assez drôle, le fait qu’ils les vendaient non loin du lieu du festival sans être inquiétés. En tout cas, l’ami avec qui j’étais a acheté 2 CDs à 1000 Nairas (1585 fcfa) .

J’ai entendu dire que Nollywood pourrait engranger 2 ou 3 fois plus si des millions de copies contrefaites de leurs films n’étaient pas vendues chaque jour dans les rues.

J’ai lu qu’en 2013, la Banque mondiale affirmait que pour chaque exemplaire vendu légalement, neuf autres sont illégaux.
« Sur le plan des exportations, ces films sont achetés et visionnés partout dans le monde, dans d’autres pays d’Afrique, en Europe, aux États-Unis et dans les Caraïbes, et presque toutes les exportations sont des exemplaires piratés », avait observé Mme Chioma Nwagboso, spécialiste de la finance et du secteur privé à la Banque mondiale.

 

Ah mais malgré ça, Nollywood vit et n’est pas près de mourir!

 

 

 

Nollywood est à un autre level !! Même les films étudiants ont leur charme malgré quelques (beaucoup de) ratés. Aujourd’hui, la qualité des productions est visible donc Nollywood attire. Les ambitions des réalisateurs de la nouvelle génération sont claires : exporter le cinéma de Nollywood et ça marche.

A tous les recoins de rues de Lagos, il y a des panneaux de films bientôt ou déjà en salle. Les réalisateurs font beaucoup de sorties en salle au Nigéria pour que le public local puisse consommer et voir leur travail. Et le public nigérian , le leur rend bien en allant en salle voir leurs films.

À côté, les plateformes de VOD permettent de mieux distribuer les films et de réinjecter l’argent dans la production.
Les tournages de films de Nollywood ne se font plus qu’au Nigéria. Ils tournent un peu partout et beaucoup sont tournés à Londres ou à Los Angeles.

Certaines stars de Nollywood sont connues à l’international telles que Geneviève Nnaji rebatisé par Oprah la Julia Robert africaine et Omotola, qui a refusé de tourner à Hollywood car elle a décidé de ne tourner que pour Nollywood.

Les budgets des films progressent également. Le film « Half of a yellow sun », de Biyi Bandele tourné en 2013 s’est fait avec un budget de 5 084 072 040 F cfa.

 

Les festivals et plateformes qui vendent encore plus Nollywood.

Parler des festivals qui vendent Nollywood à l’extérieur revient à parler directement de Nollywood Week.

Le festival Nollywood Week accompagne l’évolution de l’industrie cinématographique nigériane en participant à sa vulgarisation dans la capitale française.

Aussi, il y’a la chaîne Nollywood TV qui permet de voir en masse les films venus du Nigéria et de participer à l’amélioration de l’image que les gens se faisaient de ce cinéma. La chaine est reprise par de nombreux opérateurs en France et elle a été rachetée par le groupe Canal Plus via sa filiale Canal Overseas.

A côté, Iroko TV, la plateforme lancée par le Nigérian Jason Njoku, est devenue le premier distributeur mondial (en nombre d’heures) de films Nollywood. La structure s’est aussi lancée dans la production de films et de séries.

Afriff, Amaa….bref une florilège de festivals qui vendent et montrent à quel point Nollywood est sexy et glamour.

Nollywood est une véritable industrie qui vend, séduit et qui est prête à conquérir le monde. Avec ce que j’ai vu en 5 jours, je suis prête à parier que rien ne peut les empêcher d’avoir le monde à leurs pieds.

Commentaires
Share:

Leave a reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *